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Thaïlande : informations générales

Histoire de la Thaïlande

Cette page s'efforce de retracer les faits marquants jalonnant l'histoire de la Thaïlande. Nous avons utilisé des sources d'information variées mais principalement Wikipedia, en synthétisant les différents articles sur l'histoire de la Thaïlande et en ajoutant quelques illustrations.

1. Sukhothai et la fondation de la nation thaïe

Les Thaïs font remonter la fondation de leur nation au XIIIème siècle, c'est donc là que nous allons commencer. Avant cela, aux IXème et Xème siècles, la région était sous domination khmère. C'est seulement pendant les XIème et XIIème siècles que les Thaïs, originaires de Chine, s'y installèrent. Ils s'affranchirent de l'empire khmer à Sukhothai, qui devint un royaume souverain en 1238. Cet événement marque traditionnellement le point de départ de l'histoire de la nation thaïe moderne.

Sukhothai connut son âge d'or sous le règle du roi Ramkhamhaeng le Grand, troisième roi de Sukhothai, à qui l'on attribue l'invention de l'alphabet thaï. A son apogée, le royaume s'étendait de Martaban (Birmanie actuelle) à Luang Prabang (Laos) et jusqu'à Nakhon Si Thammarat dans la péninsule malaise. Sa sphère d'influence était plus grande que celle de la Thaïlande actuelle, même si le degré de contrôle variait selon les régions. Les royaumes du Nord (Lanna et Phayao) cohabitaient avec celui de Sukhothai.

A la mort de Ramkhamhaeng en 1365, Sukhothai commença à décliner et fut finalement intégré à un nouveau royaume émergent, Ayutthaya, qui s'était lui-même développé à partir de l'ancien royaume de Lopburi. Ayutthaya domina le centre et le sud de la Thaïlande jusqu'au XVIIIème siècle.

2. Le royaume d'Ayutthaya (1350-1767)

Le premier roi d'Ayutthaya, Ramathibodi I, fit deux contributions importantes à l'histoire de la Thaïlande : l'implantation et la promotion du bouddhisme theravada comme religion d'état (pour se différencier du royaume d'Angkor qui était hindou) et la compilation du Dharmashastra, un code juridique basé sur des sources hindoues et les coutumes thaïes traditionnelles. Les lois thaïes firent référence au Dharmashastra jusqu'au XIXème siècle.

Ayutthaya eut des contacts avec l'Occident, à commencer par le Portugal au XVIème siècle. La cour du roi Narai (1656-1688) entrenait des liens forts avec celle de Louis XIV.

Ayutthaya contrôlait un grand territoire, des états musulmans de la péninsule malaise aux royaumes du nord de la Thaïlande. C'est sous le règne du roi Naresuan le Grand, de 1590 à 1605, que la Thaïlande connut la plus grande expansion de son histoire.

Les Birmans, qui avaient pris possession du royaume de Lanna et avaient unifié leur propre royaume sous une dynastie puissante, lancèrent des attaques contre Ayutthaya dans les années 1750 et 1760. En 1767, après plusieurs mois de siège, les Birmans parvinrent à pénétrer dans Ayutthaya et rasèrent entièrement la ville. La famille royale s'enfuit mais le roi mourut, et c'est ainsi que la lignée royale d'Ayutthaya s'éteint.

3. La période de Thonburi et Bangkok (1768-1932)

Taksin le Grand (1769-1782)

Malgré sa défaite totale et l'occupation birmane, le Siam se redressa rapidement. La résistance contre la Birmanie fut menée par un noble d'origine chinoise, Taksin, un chef militaire talentueux. En un an, il parvint à battre l'armée d'occupation birmane et reconstruire un état siamois dont la capitale fut installée à Thonburi, sur la rive gauche de la Chao Praya. Taksin fut couronné roi le 28 décembre 1768 (son nom officiel est maintenant Taksin le Grand). Il unifia à nouveau le centre de la Thaïlande, et en 1769 il occupa l'ouest du Cambodge. Il rétablit ensuite la domination siamoise sur la péninsule malaise, jusqu'à Penang. Avec une base forte au Siam, Taksin attaqua les Birmans dans le Nord en 1774 et s'empara de Chiang Mai en 1776, rattachant le royaume de Lanna au Siam de façon définitive.

Rama I (1782-1809)

Le général Chakri succéda à Taksin en 1782 sous le nom de Rama I, le premier roi de la dynastie Chakri. La même année, il fonda une nouvelle capitale à Bangkok. Rama I rétablit la plupart du système social et politique du royaume d'Ayutthaya, promulguant un nouveau code judiciaire, remettant au goût du jour les cérémonies de la cour et imposant une discipline aux moines bouddhistes. Les Birmans envahirent le Siam à nouveau en 1785. Ils occupèrent le nord et le sud mais furent vaincus dans une bataille près de Kanchanaburi. Ce fut la dernière invasion birmane majeure, même si des troupes birmanes durent être expulsées de Lanna en 1802. En 1792, les Siamois occupèrent Luang Prabang et presque tout le Laos tomba sous le contrôle indirect du Siam. Le Cambodge était aussi dominé par le Siam. A sa mort en 1809, Rama I avait construit un empire siamois qui dominait un territoire largement plus grand que la Thaïlande actuelle.

Rama II (1809-1824)

Pendant le règne de Rama II, des influences occidentales se firent sentir à nouveau au Siam. En 1785, les Britanniques occupèrent Penang et ils fondèrent Singapour en 1819. En 1821, le gouvernement des Indes britanniques envoya une délégation au Siam pour lui demander de lever les restrictions sur le libre échange, le premier épisode d'une question qui allait dominer la politique siamoise durant tout le XIXème siècle.

Rama III (1824-1851)

Rama II mourut en 1824 et son fils lui succéda. En 1825, les Britanniques envoyèrent une autre délégation à Bangkok. A l'époque, ils avaient annexé le sud de la Birmanie et étaient donc les voisins du Siam à l'ouest. De plus, ils renforçaient leur contrôle sur la Malaisie. Le Roi ne voulait pas répondre favorablement aux demandes britanniques, mais ses conseillers le mirent en garde : le Siam connaîtrait le même destin que la Birmanie si on n'accédait pas aux demandes des Anglais. C'est pourquoi, en 1826, le Siam signa son premier traité commercial avec une puissance occidentale. D'après le traité, le Siam acceptait de mettre en place un système de taxation uniforme, de réduire les taxes sur le commerce extérieur et de supprimer certains des monopoles royaux. Par conséquent, le commerce du Siam se développa rapidement, beaucoup plus d'étrangers s'installèrent à Bangkok et des influences culturelles occidentales commencèrent à se répandre. Le royaume s'enrichit, ce qui permit à son armée de mieux s'équiper.

Une rébellion laotienne menée par Anouvong fut mise en échec en 1827, à la suite de quoi le Siam détruisit Ventiane et procéda à des déplacements de population massifs du Laos à la région de l'Issan, qui était mieux contrôlée. Entre 1842 et 1845 le Siam mena avec succès une guerre contre le Vietnam, ce qui lui permit de resserrer son éteau sur le Cambodge. L'héritage de Rama III le plus visible est le complexe du Wat Pho, à Bangkok, qu'il a agrandi et doté de nouveaux temples.

En 1850, les Britanniques et les Américains envoyèrent des délégations à Bangkok pour demander la fin de toutes les restrictions sur le commerce, la mise en place d'un gouvernement de style occidental et l'immunité pour leurs citoyens face à la loi siamoise (extra-territorialité). Le gouvernement de Rama III refusa ces demandes, laissant une situation de crise à son successeur, son frère Mongkut.

Rama IV (1851-1868)

Mongkut monta sur le trône sous le nom de Rama IV en 1851. Il voulait épargner la domination coloniale au Siam, mais il n'avait pas de pouvoir réel et il dut céder aux Britanniques, en signant un traité limitant les taxes d'importation, en abolissant les monopoles royaux et en accordant l'extra-territorialité aux sujets britanniques. D'autres puissances occidentales s'empressèrent de demander des concessions identiques, qu'elles obtinrent.

Le Roi réalisa rapidement que la vraie menace sur le Siam venait des Français, et non des Britanniques. Ces derniers étaient intéressés par des avantages commerciaux, tandis que les Française cherchaient à bâtir un empire colonial. Les Français occupèrent Saigon en 1859 et établirent un protectorat sur le Vietnam du sud et l'est du Cambodge. Rama IV espérait que les Britanniques défendraient le Siam s'il leur accordait les concessions économiques qu'ils demandaient. Cela s'avéra par la suite être une illusion, mais par chance le Siam était considéré par les Britanniques comme une sorte de tampon entre la Birmanie britannique et l'Indochine française.

Rama V (1868-1910)

Le roi Chulalongkorn fut le premier roi siamois à avoir une éducation entièrement occidentale. Il créa un Conseil Privé et un Conseil d'Etat, un système judiciaire formel et un bureau du budget. Il annonça l'abolition progressive de l'esclavage et la limitation de la servitude pour dettes. Il mit en place un gouvernement, un bureau d'audit et un département de l'éducation. Chiang Mai perdit son statut semi-autonome et l'armée fut réorganisée et modernisée.

En 1893, les autorités françaises en Indochine utilisèrent le prétexte d'une dispute mineure à la frontière pour provoquer une crise. Des bateaux de guerre remontèrent jusqu'à Bangkok et réclamèrent la cession des territoires laotiens à l'est du Mékong. Le roi en appela aux Britanniques, mais il se vit répondre de s'entendre sur ce qui pouvait l'être et qu'il n'avait d'autre choix que d'obéir. Le seul geste de la Grande Bretagne fut un accord avec la France garantissant l'intégrité du reste du Siam. En échange, le Siam devait laisser aux Britanniques la région des Shans, des locuteurs taï (du nom de la famille de langues) dans le nord-est de la Birmanie.

Cependant, les Français ne relâchèrent pas leur pression sur le Siam, et en 1906-1907, ils fomentèrent une nouvelle crise. Cette fois-ci, le Siam dut concéder aux Français le contrôle d'un territoire dans la région de Luang Prabang, d'un autre dans la région de Champasak, dans le sud du Laos, ainsi que de tout l'ouest du Cambodge. Les Britanniques intervinrent pour empêcher les Français de se montrer trop gourmands, mais le prix à payer pour le Siam fut, en 1909, la perte de la souveraineté sur quatre provinces malaises (Kedah, Kelantan, Perlis et Terengganu) au profit des Britanniques. Le traité marqua aussi la frontière moderne entre le Siam et la Malaisie péninsulaire, affirmant l'autorité des Thaïs sur les provinces de Pattani, Yala, Narathiwat et Satun, qui faisaient auparavant partie des sultanats malais semi-autonomes de Pattani et Kedah.

A la mort du roi, en 1910, le Siam était devenu un pays presque moderne et il n'avait toujours pas été colonisé. Les Thaïs considèrent que c'est grâce aux compétences diplomatiques de leurs souverains et grâce aux réformes menées pour la modernité qui firent du Siam le seul pays d'Asie du Sud et du Sud-Est à avoir évité une colonisation européenne.

Depuis cette époque, Rama V est vénéré. De nos jours, son portrait est accroché dans beaucoup de maisons et magasins, et de nombreux Thaïs pensent qu'il porte chance. L'anniversaire de sa mort est célébré le 23 octobre, jour férié en Thaïlande.

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Rama VI (1910-1925)

Vajiravudh (Rama VI), qui fut éduqué en Grande-Bretagne, appliqua ce qui faisait le succès de la monarchie britannique selon lui, apparaissant plus en public et instituant davantage de cérémonies royales. Mais il continua aussi le programme de modernisation de son père. La polygamie fut abolie, l'éducation primaire fut rendue obligatoire et l'enseignement supérieur fit son entrée au Siam avec la fondation en 1916 de l'université Chulalongkorn, qui allait devenir un terreau pour la nouvelle intelligentsia siamoise.

En 1917, le Siam déclara la guerre à l'Allemagne, surtout pour s'attirer les faveurs des Britanniques et des Français. La pseudo participation du Siam à la Première guerre mondiale lui valut un siège à la Conférence de Versailles, et le ministre des Affaires Etrangères, Devrawongse, en profita pour demander l'abandon des traités du XIXème siècle et le rétablissement de la souveraineté siamoise. Les Etats-Unis acceptèrent en 1920, tandis que la France et la Grande-Bretagne firent durer jusqu'en 1925. Cette victoire redora le blason du roi, mais cette popularité fut vite éclipsée par le mécontentement portant sur d'autres points, comme son extravagance, qui fut particulièrement montrée du doigt lorsqu'une récession affecta le Siam en 1919.

Rama VII (1925-1935)

L'héritage que Prajadhipok (Rama VII) reçu de son frère aîné était constitué de problèmes qui étaient devenus chroniques. Le plus urgent était relatif à l'économie : les finances de l'Etat étaient désastreuses et le budget accusait un déficit colossal. Le Roi réussit à stabiliser l'économie ; cependant il dut licencier de nombreux fonctionnaires et baisser les salaires des autres. Bien entendu, ce fut une mesure très impopulaire, et elle jeta les bases du coup d'état de 1932.

Le 24 juin 1932, alors que le Roi était en vacances au bord de la mer, la garnison de Bangkok se rebella et prit le pouvoir. Cela mit fin à 150 ans de monarchie absolue.

4. La dictature militaire (1932-1973)

La monarchie constitutionnelle

Le coup d'état de 1932 fit passer le gouvernement du Siam d'une monarchie absolue à une monarchie constitutionnelle. La première constitution du Siam mit en place une Assemblée Nationale constituée pour moitié de représentants nommés et pour moitié de représentants élus au suffrage indirect. On nomma un premier ministre et un conseil des ministres, de manière à ce que le régime ait toutes les apparences d'un régime consitutionnel.

Rapidement, des conflits apparurent entre les membres de la nouvelle coalition au pouvoir. Les royalistes se révoltèrent contre le gouvernement en 1933 mais l'armée resta loyale au gouvernement et les royalistes furent battus. Le Roi accusa le gouvernement de manquer de principes démocratiques (en effet, il n'y avait pas de débats et une forte censure) et il finit par abdiquer. Le gouvernement choisit le prince Ananda Mahidol, qui à l'époque était à l'école en Suisse, pour le remplacer. Certains pensent que la jeunesse du nouveau roi et son absence étaient les raisons principales de ce choix. Pour la première fois de son histoire, le Siam eut un monarque qui n'y résida pas, et cele dura 15 ans.

Le gouvernement fit des réformes importantes. La monnaie ne fut plus basée sur l'or, ce qui permit au commerce de se redresser. On augmenta les dépenses pour l'éducation, améliorant ainsi le taux d'alphabétisation. L'université Thammasat fut fondée, elle offrait une alternative à la très élitiste université Chulalongkorn. On élut des conseils locaux et provinciaux et en novembre 1937, la démocratie progressa considérablement quand l'Assemblée Nationale fut élue au suffrage direct, même si les partis politiques n'étaient toujours pas autorisés. On augmenta également le budget de l'armée, un signe clair de l'influence croissante des militaires.

Phibun : sur la route du nationalisme

L'armée, dirigée par le major-général Plaek Pibulsonggram (connu sous le nom de Phibun) qui était également Ministre de la Défense, et les libéraux civils menés par Pridi Phanomyong, le Ministre des Affaires Etrangères, travaillèrent harmonieusement pendant plusieurs années, mais la coopération s'arrêta quand Phibun devint Premier ministre en décembre 1938. Phibun admirait Benito Mussolini et son régime prit rapidement des allures fascistes. Au début de 1939, 40 opposants politiques furent arrêtés et 18 exécutés, les premières condamnations à mort pour raisons politiques depuis plus d'un siècle. Phibun lança une campagne démagogique contre les commerçants chinois. Les écoles et les journaux chinois furent fermés et il augmenta les taxes des établissements chinois.

Phibun copia la propagande utilisée par Hitler et Mussolini pour cultiver le culte du chef. Des slogans pro-gouvernementaux étaient constamment diffusés à la radio et imprimés dans les journaux ou sur des panneaux. Le portrait de Phibun était affiché partout, tandis que ceux de l'ex-roi Prajadhipok, très critique du régime autocratique, étaient bannis. Au même moment, Phibun promulgua des lois autoritaires qui donnaient au gouvernement le pouvoir d'arrêter qui il voulait et de censurer la presse complètement. Pendant la Deuxième guerre mondiale, les journaux ne pouvaient imprimer que des bonnes nouvelles en provenance de l'Axe.

En 1939, Phibun changea le nom du pays : Prathet Thai, ou la Thaïlande, ce qui veut dire le pays des hommes libres. C'était une décision nationaliste : cela impliquait l'unité de tous les peuples parlant le taï (y compris les Laotiens et les Shans) et l'exclusion des Chinois. Le slogan du régime devient "La Thaïlande pour les Thaïs". Les Thaïs devaient saluer le drapeau, connaître l'hymne national et parler la langue nationale. On enseignait le patriotisme à l'école et c'était un thème récurrent dans la musique et la danse.

Phibun essaya sans relâche de débarrasser la société de ses influences royalistes : il remplaça les jours fériés royaux par des événements nationaux, tandis que les titres royaux et aristocrates furent abandonnés.

La Seconde Guerre mondiale

En 1940, la majeure partie de la France était occupée par l'Allemagne nazie, et Phibun en profita pour venger les humiliations que la France avait imposées au Siam en 1893 et 1904, quand les Français ont redessiné les frontières avec le Laos et le Cambodge en imposant une série de traités. En 1941, la Thaïlande envahit l'Indochine française, débutant la guerre franco-thaïe. Les Thaïs, mieux équipés et plus nombreux que les forces françaises, dominèrent la guerre terrestre et aérienne, mais subirent une défaite navale importante pendant la bataille de Koh Chang. Les Japonais intervinrent pour pour servir de médiateurs. Finalement la Thaïlande récupéra les territoires litigieux du Laos et du Cambodge.

Cette guerre fut célébrée comme une grande victoire, et quelques mois plus tard on érigea le Monument de la Victoire à Bangkok. Ce qui ne fut pas sans poser problème en 1945, quand la victoire des Alliés dans la guerre du Pacifique força la Thaïlande à évacuer les territoires récupérés en 1941 et à les rendre à la France.

La campagne d'extension territoriale thaïe prit fin le 8 décembre 1941, quand le Japon envahit la Thaïlande à partir de ses côtes méridionales et du Cambodge. Après avoir résisté quelques temps, le régime de Phibun autorisa les Japonais à traverser le pays pour aller attaquer la Birmanie et envahir la Malaisie péninsulaire. Après la défaite alliée au début de l'année 1942, Phibun était convaincu que le Japon gagnerait la guerre, et il décida de former une alliance militaire avec les Japonais.

En récompense, le Japon autorisa la Thaïlande à envahir et annexer l'Etat Shan dans le nord de la Birmanie et à récupérer les sultanats du nord de la Malaisie qui avaient été perdus à cause d'un traité avec la Grande-Bretagne. En janvier 1942, Phibun déclara la guerre à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, mais l'ambassadeur de Thaïlande à Washington, Seni Pramoj, refusa d'en rendre compte au Conseil d'Etat. Au lieu de cela, il déclara que le régime de Phibun était illégal et forma son propre gouvernement à Washington.

En 1942, il fallut trouver une route alternative pour le convoiement des forces, ravitaillement et équipements japonais jusqu'en Birmanie, en raison de la vulnérabilité face aux attaques des sous-marins alliés. Les Japonais commencèrent la ligne de chemin de fer Thaïlande-Birmanie, appelée aussi ligne de la mort, en juin 1942. Pour cela, ils forcèrent environ 200 000 ouvriers asiatiques et 60 000 prisonniers de guerre alliés à y travailler. Environ 100 000 ouvriers et 16 000 alliés y perdirent la vie.

En 1944, il était évident que les Japonais allaient perdre la guerre et leur comportement en Thaïlande était devenu de plus en plus arrogant. Bangkok souffrait terriblement des bombardements alliés. Ce fait conjugué aux difficultés économiques causées par la perte de marchés pour l'exportation de riz, fit que la guerre et le régime de Phibun devinrent très impopulaires. En juillet 1944, Phibun fut chassé par le gouvernement infiltré de Seni Pramoj. Le nouveau gouvernement évacua rapidement les territoires britanniques que Phibun avait occupés.

Les Japonais capitulèrent le 15 août 1945. Les Britanniques considéraient que la Thaïlande était partiellement responsable des dommages immenses subis par les Alliés et voulaient traiter le royaume comme un ennemi vaincu. Cependant, les Américains n'avaient aucune sympathie pour les régimes coloniaux français et britanniques et ils soutinrent le nouveau gouvernement thaï. Par conséquent, la punition de la Thaïlande pour son implication pendant la guerre fut légère. Après la guerre, la Thaïlande eut des relations privilégiées avec les Etats-Unis, considéré comme un protecteur contre les révolutions communistes des pays voisins.

L'après-guerre

Seni Pramoj devint Premier ministre en 1945 et décida rapidement de redonner au pays le nom de Siam, comme symbole de la fin du régime nationaliste de Phibun. Des élections démocratiques se tinrent en janvier 1946. Ce furent les premières élections autorisant les partis politiques, et la majorité des voix alla au Parti du Peuple de Pridi Phanomyong et ses alliés. En mars 1946, Pridi devint le premier Premier Ministre élu démocratiquement. En 1947, il accepta de rendre les territoires français occupés depuis 1940 en échange d'une admission à l'ONU, la fin des revendications d'après-guerre contre le Siam et une aide américaine substantielle.

En décembre 1945, le jeune roi Ananda Mahidol (Rama VIII) revint d'Europe, mais il mourut en 1946 au palais, tué d'une balle dans la tête dans des circonstances non éclaircies. Son jeune frère Bhumibol Adulyadej, qui était scolarisé en Europe, lui succéda. Pridi fut pris dans des rumeurs l'accusant d'avoir pris part au régicide, et il fut contraint de démissionner en août. Sans lui, le gouvernement civil se délita et l'armée prit le pouvoir en novembre 1947. En avril 1948, l'armée rappela Phibun d'exil et lui redonna le poste de Premier ministre. Pridi dut, lui, partir à son tour en exil. En juillet 1949, le pays retrouva le nom de "Thaïlande".

Le retour de Phibun coïncida avec le début de la Guerre froide et l'établissement d'un régime communiste dans le nord du Vietnam. Il parvint rapidement à s'attirer l'aide des Etats-Unis, inaugurant une longue tradition de régimes militaires thaïs soutenus par les Etats-Unis. De nouveau, les opposants politiques furent arrêtés et jugés, et certains furent exécutés. Il y eut des tentatives de contre coups d'état par les partisans de Pridi en 1948, 1949 et 1951. Le deuxième entraîna des combats lourds entre l'armée et la marine, mais Phibun remporta la partie.

En 1951, le régime abolit l'Assemblée Nationale en tant que conseil élu. Les universités et la presse s'opposèrent fermement à cette décision, entraînant encore davantage de procès et de répression. Cependant, le régime bénéficia du boom économique d'après-guerre, entretenu par les exportations de riz et l'aide américaine. L'économie thaïe commença à se diversifier, tandis que la population et l'urbanisation augmentèrent.

Dès 1955, la suprématie de Phibun fut menacée par de jeunes rivaux, menés par le Maréchal Sarit Thanarat et le Général Thanom Kittikachorn. Pour assurer sa position, il réinstaura la constitution de 1949 et organisa des élections, remportées par ses partisans. Mais l'armée n'était pas prête à abandonner le pouvoir et en septembre 1957, elle réclama la démission de Phibun. Quand Phibun essaya de faire arrêter Sarit, l'armée fit un coup d'état pacifique le 17 septembre 1957, mettant un terme définitif à la carrière de Phibun. Thanom devint Premier ministre, puis en 1958 il laissa la place à Sarit, le vrai chef du régime. Sarit resta au pouvoir jusqu'à sa mort en 1963, puis Thanom revint à nouveau aux affaires.

Sarit et Thanom étaient les premiers leaders thaïs ayant reçu une éducation entièrement en Thaïlande, et ils étaient donc moins influencés que la génération de Pridi et Phibun par les idées politiques européennes, qu'elles soient fascistes ou démocratiques. Au contraire, ils menaient une politique traditionnaliste et voulaient restaurer le prestige de la monarchie et maintenir une société basée sur l'ordre, la hiérarchie et la religion. Ils considéraient que l'armée était la mieux placée pour s'en assurer et aussi pour combattre le communisme. Le jeune roi Bhumibol qui retourna en Thaïlande en 1951 coopéra avec ce projet. Le statut prééminent de la monarchie thaïe a donc pris racine à cette époque.

La guerre du Vietnam et les années 60

Pendant la guerre d'Indochine, disputée entre les Vietnamiens et les Français, la Thaïlande resta en retrait (détestant cordialement les deux camps). Mais lorsque cela devint une guerre entre les Etats-Unis et les communistes vietnamiens, la Thaïlande s'engagea auprès des Américains. Les Vietnamiens ripostèrent en soutenant l'insurrection communiste en Thaïlande, dans le Nord, le Nord-Est et parfois le Sud.

La guerre du Vietnam accéléra la modernisation et l'occidentalisation de la société thaïe. La présence américaine et la confrontation avec la culture occidentale qu'elle entraîna eut des conséquences sur presque tous les aspects de la vie thaïe. La population augmenta très rapidement à mesure que les conditions de vie s'améliorèrent et un exode rural massif eut lieu, surtout vers Bangkok. En 1965, la Thaïlande comptait 30 millions d'habitants et ce chiffre allait doubler à la fin du XXème siècle. La population de Bangkok a décuplé depuis 1945 et a été multipliée par trois depuis 1970.

La période de la guerre du Vietnam vit aussi une augmentation de la diffusion des médias de masse. Dans les universités, les étudiants en apprenaient chaque jour davantage sur le système politique et économique de leur pays, et cela réactiva le militantisme au sein des universités. Ce fut également une époque propice au développement d'une classe moyenne, qui se créa petit à petit une identité propre.

Mais le développement économique ne bénéficia pas à tout le monde. Dans les années 1960, l'insatisfaction augmenta chez certains ruraux touchés par la pauvreté et se sentant abandonnés par le gouvernement central de Bangkok. Au début des années 70, cette colère se manifesta par un mouvement paysan. Les protestations visaient les pertes de terre, les loyers élevés, les mauvais traitements de la police, la corruption des élites locales, les mauvaises infrastructures et une pauvreté écrasante.

Dès la fin des années 1960, de plus en plus de voix s'élevèrent pour critiquer le gouvernement militaire, considéré comme incapable de régler les problèmes du pays. A la suite des étudiants, le monde des affaires mit également en cause les capacités du gouvernement et ses relations avec les Etats-Unis. Le roi annonça qu'il était temps de restaurer le Parlement et d'adopter une nouvelle constitution, ce que le gouvernement fit en 1968, annonçant des élections pour l'année suivante. Le parti gouvernemental créé par la junte militaire gagna les élections et Thanom resta Premier ministre.

Etonnamment, l'Assemblée n'était pas totalement soumise aux ordres. Certains députés (surtout des docteurs, avocats, journalistes…) s'opposèrent visiblement à un nombre de décisions, mettant en évidence la corruption du gouvernement dans certains grands projets. En 1971, alors que le nouveau budget était débattu, il apparut possible que la demande des militaires pour une augmentation de leurs fonds soit rejetée par un vote. Plutôt que de perdre la face, Thanom fit un putsch contre son propre gouvernement, suspendit la constitution et en profita pour dissoudre le Parlement. Une nouvelle fois, la Thaïlande fut placée sous un régime militaire absolu.

Cette approche forte qui avait marché pour Phibun en 1938 et 1947, et pour Sarit en 1957-58, se revèlera infructueuse. Au début des années 1970, les Thaïs étaient suffisamment consciente des affaires politiques pour ne pas accepter un régime autoritaire injustifié. Le roi, profitant de ses discours les jours fériés, critiqua ouvertement le régime de Thanom. Il mit en doute l'utilisation de la violence pour combattre l'insurrection. Il mentionna la corruption répandue largement dans le gouvernement et confia qu'il considérait que les coups d'état ne devraient plus exister dans le système politique thaï. De plus, la junte se trouva confrontée à de plus en plus d'opposition au sein de l'armée elle-même.

Le mouvement démocratique de 1973

Finalement, ce sont les étudiants qui jouèrent un rôle décisif dans la chute de la junte. Les manifestations étudiantes commencèrent en 1968 et prirent de l'ampleur au début des années 1970 malgré l'interdiction des réunions politiques. En octobre 1973, 13 étudiants furent arrêtés, car on leur reprochait d'avoir conspiré contre le gouvernement. Plusieurs milliers de personnes prirent part aux manifestations et, si leur but premier était de demander la libération des étudiants arrêtés, les manifestants finirent par réclamer une nouvelle constitution et le remplacement du gouvernement.

Le 13 octobre, le gouvernement céda et libéra les détenus. Les leaders annulèrent la manifestation, conformément aux vœux du roi qui, de notoriété publique, était contre le mouvement démocratique. Alors que la foule se dispersait le lendemain, le 14 octobre, de nombreux étudiants se retrouvèrent bloqués parce que la police essayait de contrôler les manifestants en bloquant l'accès sud à la rue Rajavithi. Dépassés par une foule hostile, la police répondit par la violence en tirant et en utilisant des gaz lacrymogènes. En quelques minutes, une émeute se déclara.

L'armée intervint et des tanks remontèrent l'avenue Rajdamnoen tandis que des tireurs en hélicoptère faisaient feu sur l'université Thammasat. Quelques étudiants essayèrent d'arrêter les tanks en les emboutissant avec des bus et des camions de pompiers, mais le résultat fut désastreux.

Le chaos était total. Le roi Bhumibol ouvrit les portes du Palais Chitralada aux étudiants qui se faisaient tirer dessus par l'armée. Malgré les ordres de Thanom, qui demandait aux militaires d'intensifier la répression, le chef des armées, Kris Sivara, retira ses troupes des rues.

Le Roi condamna à la fois l'incapacité du gouvernement à contrôler les manifestations et le rôle supposé des étudiants. Thanom démissionna et le roi lui demanda de quitter le pays.

Ainsi tomba la junte, au prix de 1 577 vies humaines.

5. Histoire de la Thaïlande depuis 1973

1973-1976

Les événements d'octobre 1973 correspondirent à une révolution dans la vie politique thaïe. Pour la première fois, la classe moyenne urbaine, entraînée par les étudiants, mit en échec la vieille classe dirigeante et l'armée et gagna, apparemment, la bénédiction du Roi pour une transition vers une démocratie totale.

Cependant, la Thaïlande n'avait toujours pas produit de classe politique capable de faire fonctionner correctement cette nouvelle démocratie audacieuse. Les élections de 1975 et 1976 ne permirent pas de dégager une majorité nette. Le politicien Seni Pramoj et son frère Kukrit Pramoj devinrent Premier ministre l'un après l'autre, mais ne purent pas mener un programme cohérent de réformes. Le choc pétrolier de 1974 entraîna une récession et une forte inflation, affaiblissant la position du gouvernement. La décision la plus populaire du gouvernement démocratique fut d'assurer le retrait des troupes américaines de Thaïlande.

La pertinence de cette décision fut néanmoins remise en question lorsque le Vietnam, le Laos et le Cambodge tombèrent aux mains des communistes en 1975. L'arrivée de régimes communistes aux portes de la Thaïlande, l'abolition de la monarchie laotienne après 600 ans de règne et l'arrivée en masse de réfugiés du Laos et du Cambodge fit pencher l'opinion thaïe à droite.

Retour au régime militaire

A la fin de l'année 1976, la classe moyenne modérée s'était détournée du militantisme des étudiants. L'armée et les partis de droite commencèrent une guerre de propagande contre le libéralisme des étudiants, accusant les militants d'être communistes. En octobre, Thanom retourna en Thaïlande pour intégrer un monastère royal. Après avoir protesté contre son retour, deux étudiants accusés de conspiration communiste furent pendus. Des étudiants de l'université Thammasat organisèrent des manifestations et, le 6 octobre 1976, l'armée dépêcha des paramilitaires. Des centaines d'étudiants furent torturés et tués, la constitution fut suspendue et l'armée prit le pouvoir.

L'armée installa Thanin, un ancien juge ultra-conservateur, au poste de Premier ministre, et entreprit une purge des universités, des médias et de la fonction publique. Le ministre de l'Intérieur de l'époque était Samak Sundaravej, qui devait devenir Premier ministre en 2008. Des milliers d'étudiants, intellectuels et autres militants de gauche fuirent Bangkok et rejoignirent les forces rebelles du parti communiste dans le Nord et le Nord-Est. D'autres, dont le recteur de l'université Thammasat, partirent en exil. Le secteur économique connut de graves problèmes, car le nouveau régime était aussi instable que l'expérience démocratique. En octobre 1977, une section différente de l'armée organisa un autre coup d'état et remplaça Thanin par le Général Kriangsak Tinsulanonda (connu sous le nom de Prem), un royaliste réputé pour être incorruptible.

L'ère Prem

Pendant presque toute la décennie 1980-90, la Thaïlande fut dirigée par Prem, un homme fort, sensible à la démocratie et qui restaura la politique parlementaire. Par la suite, et jusqu'en 2006, le pays demeura une démocratie, hormis une courte période militaire entre 1991 et 1992.

Le Roi et Prem s'efforcèrent de mettre un terme aux interventions militaires violentes. En avril 1981, de jeunes officiers de l'armée préparèrent un coup d'état, prenant le contrôle de Bangkok, mais Prem, soutenu par le Roi, parvint à reprendre la capitale pacifiquement. Cet événement augmenta encore le prestige de la monarchie et mit en relief le statut de Prem en tant que modéré. On adopta une nouvelle constitution et des élections eurent lieu en avril 1983, donnant une large majorité à Prem, maintenant considéré comme un homme politique civil.

Prem bénéficia également de la révolution économique qui souffla en Asie du Sud-Est. Après la récession du milieu des années 70, il y eut un vrai développement économique. Pour la première fois, la Thaïlande devint une puissance industrielle significative et des produits manufacturés tels que les composants informatiques, le textile ou les chaussures prirent la place du riz, du caoutchouc et de l'étain en tête du classement des exportations. Le tourisme se développa rapidement et devint un des piliers de l'économie. Bien que la Thaïlande ne se développa pas aussi vite que les "Tigres Asiatiques" tels que Taïwan et la Corée du Sud, elle prospéra considérablement.

Prem fut Premier ministre pendant huit ans et resta populaire personnellement, mais les changements démocratiques entraînèrent une demande pour un chef plus aventureux. Les élections de 1988 placèrent le Général Chatichai au pouvoir, mais il se révéla incompétent et corrompu.

1992 : mois de mai sanglant

En facilitant l'enrichissement d'une partie de l'armée grâce à des contrats avec le gouvernement, Chatichai entraîna une faction rivale, menée par le Général Suchinda Krapayoon et d'autres généraux, à effectuer un coup d'état en février 1991. La junte se donna le nom de Conseil National pour le Maintien de la Paix (NPKC). Le NPKC nomma un Premier ministre, Anand Panyarachun, une personnalité civile mais qui devait obéir aux militaires. Les mesures anti-corruption d'Anand furent populaires. Des élections furent organisées en mars 1992.

La coalition gagnante choisit comme Premier ministre Suchinda Kraprayoon, le meneur du coup d'état, rompant ainsi une promesse faite au Roi et confirmant les soupçons selon lesquels le nouveau gouvernement serait un régime militaire déguisé. Des centaines de milliers de personne, menées par l'ancien gouverneur de Bangkok, le Major-General Chamlong Srimuang, se regroupèrent pour protester contre Suchinda. Ce furent les plus grandes manifestations jamais vues à Bangkok. Suchinda essaya d'arrêter les manifestations par la force, grâce à des unités militaires loyales à sa personne, ce qui causa un massacre au cœur de la ville. Des centaines de personnes perdirent la vie. La marine se mutina, et le pays sembla être au bord de la guerre civile. En mai, le roi intervint : il convoqua Suchinda et Chamlong à une audience télévisée, à la suite de laquelle Suchinda dut démissionner.

1997 : la crise asiatique

Le Roi renomma Anand comme Premier ministre par intérim, jusqu'à ce que des élections eurent lieu en septembre 1992. Le Parti Démocrate, dirigé par Chuan Leekpai, en sortit victorieux, grâce aux voix de Bangkok et du Sud. Chuan était un administrateur compétent qui resta au pouvoir jusqu'en 1995, quand il fut battu par une coalition des conservateurs et de partis de provinces menée par Banharn Silpa-acha. Soupçonné de corruption dès le début, le gouvernement de Banharn dut organiser de nouvelles élections en 1996. Le Parti de la Nouvelle Aspiration du Général Chavalit Yongchaiyudh bénéficia d'une courte majorité.

Peu après ses débuts, le Premier ministre Chavalit fut confronté à la crise financière asiatique de 1997. Il démissionna en novembre 1997 après de fortes critiques quant à sa manière de gérer la crise. Chuan revint alors au pouvoir. Il réussit à passer un accord avec le Fond Monétaire International qui stabilisa la monnaie et permit au FMI d'intervenir pour remettre l'économie thaïe sur pied. A la différence de ce qui se passait généralement dans le pays, cette crise fut réglée par des dirigeants issus du monde civil, grâce à des procédés démocratiques.

Thaksin Shinawatra

De 2001 à 2006, la politique thaïe fut dominée par le parti Thai Rak Thai (les Thaïs aiment les Thaïs), le parti populiste du millionnaire Thaksin Shinawatra, magnat des télécommunications. Thaksin, un ancien policier, fit une campagne efficace sur des thèmes tels que la lutte contre la corruption, le crime organisé, la drogue et l'abandon des vieilles histoires politiques. Il gagna les élections de janvier 2001 plus largement qu'aucun autre Premier ministre thaï pour des élections libres.

Thaksin supervisa le rétablissement rapide de l'économie thaïe et remboursa toutes les dettes au FMI avant la date limite. Dès 2002 la Thaïlande, et Bangkok en particulier, connut un autre boom économique. Tandis que des industries bas de gamme se délocalisèrent en Chine et dans d'autres pays aux bas salaires, la Thaïlande se spécialisa dans la fabrication de produits plus sophistiqués, à la fois pour un marché domestique en expansion grâce à la classe moyenne, et pour l'export. Le tourisme, et particulièrement le tourisme sexuel, continua à rapporter énormément, malgré les campagnes ponctuelles du gouvernement pour contrôler la vie nocturne du pays. Les mesures de Thaksin furent particulièrement efficaces pour alléger la pauvreté des ruraux et fournir un accès presque universel aux soins de santé à un coût abordable. Son électorat se trouvait principalement dans les régions rurales pauvres du nord, du nord-est et du centre de la Thaïlande. Aux élections de février 2005 sa victoire fut encore plus écrasante, et il entama son deuxième mandat consécutif.

Cependant, de nombreuses critiques s'élevaient régulièrement vis-à-vis du gouvernement : corruption, dictature, démagogie, trahison, conflits d'intérêt, actions non-diplomatiques, évasion fiscale, utilisation de vides juridiques et hostilité envers la presse libre. Thaksin fut accusé de crime de lèse-majesté, de ventes de biens domestiques à des investisseurs internationaux et d'avoir commis des assassinats extra-judiciaires (en particulier dans le Sud rétif et durant sa guerre contre les trafiquants de drogue).

Les accusations portaient aussi sur sa gestion abusive de la privatisation de PTT et EGAT, la déloyauté de l'accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Thaïlande, et la corruption entourant le projet de construction de l'aéroport Suvarnabhumi. En janvier 2006, bien qu'elle fut légale, la revente, non taxée, des parts de sa famille dans Shin Corporation pour 73 000 millions de bahts, multiplia encore les accusions de la part des médias et des partis de l'opposition. Des meetings pro et anti-Thaksin furent organisés de janvier à mars 2006 et Thaksin y fit face en appelant une élection en avril. Son parti la remporta mais l'élection fut ensuite invalidée.

Le 19 septembre 2006, alors que le Premier ministre était à New York pour l'assemblée générale de l'ONU, le Commandant en chef de l'armée, le lieutenant général Sonthi Boonyaratglin, fit un coup d'état, le 18ème depuis 1932.

Le coup d'état de 2006 et ses conséquences

Le coup d'état survint après une crise politique d'un an entre Thaksin et ses opposants politiques, et moins d'un mois avant la date prévue pour des élections. Les militaires les annulèrent, suspendirent la constitution et procédèrent à la dissolution du Parlement. La loi martiale fut déclarée et les membres du gouvernement arrêtés. Les manifestations et toutes les activités politiques furent interdites, et les médias furent censurés.

Il y eut dans Bangkok des signes d'affection à l'égard des soldats postés dans leur ville. Des habitants leur apportaient de la nourriture, des boissons et des fleurs, et se faisaient prendre en photo avec eux, dans une ambiance bon enfant. Les tanks et les fusils arboraient des rubans jaunes (le jaune est la couleur du roi), et les observateurs thaïs et internationaux s'accordaient à penser que le coup d'état avait le soutien du roi Bhumibol. Le silence du roi et du président de son conseil, Prem Tindulanonda, était à lui seul éloquent.

Les nouveaux dirigeants, menés par le Général Sonthi et regroupés au sein d'un "Conseil pour la Sécurité Nationale" nommèrent le Général en retraite Surayud Chulanont au poste de Premier ministre, le 1er octobre 2006. Surayud et Prem avaient eux-mêmes joué un grand rôle dans la promotion de Sonthi au poste de commandeur des armées.

Le niveau de corruption tel qu'il était perçu par la population augmenta considérablement pendant le gouvernement de Surayud. Surayud augmenta le budget de l'armée de 35% et fut accusé de mauvaise gestion économique, d'atteintes aux droits de l'homme et de revirement d'opinion sur plusieurs sujets. La Thaïlande se classa derrière le Cambodge et l'Indonésie en terme de liberté d'expression. Le taux de croissante économique fut au plus bas depuis cinq ans et le plus bas de la région. Bien que Sonthi soit le premier musulman à la tête de l'armée et malgré les excuses de Surayud pour les atrocités commises par l'armée thaïe, l'escalade de la violence continua dans le Sud en 2006 et 2007.

Une nouvelle constitution, la 16ème en 60 ans, fut écrite par un comité nommé par la junte. Celle-ci fit passer une loi instituant comme criminelles les critiques de la constitution et l'opposition à un référendum constitutionnel. La junte annonça également que des élections démocratiques ne se tiendraient que si la constitution était approuvée. Un référendum fut organisé le 19 août 2007 et 57,8% des votants acceptèrent la constitution.

Le 30 mai 2007, un tribunal constitutionnel nommé par la junte fit dissoudre le parti Thai Rak Thai et exclut plus de 100 de ses cadres, dont Thaksin, de la vie politique pour cinq ans. Des élections furent programmées pour le 23 décembre 2007, mais le parti Thai Rak Thai se reconstruisit rapidement sous un nouveau nom : le Parti du Pouvoir du Peuple.

Le PPP gagna les élections du 23 décembre. Son chef, Samak Sundaravej fut nommé Premier Ministre par le parlement un mois suivant, après une période de deuil en l'honneur de Son Altesse Royale la Princesse Galyani Vadhana, la sœur aînée du roi. Samak, 72 ans, avait été le Ministre de l'Intérieur de l'administration anti-communiste de Thanin en 1976, et Vice Premier Ministre de Suchinda en 1992. A l'époque, il justifiait la répression anti-démocratique brutale en disant que les militaires avaient le droit de le faire dans le but de restaurer la loi et l'ordre.

2008 : les Chemises Jaunes (PAD) contre les successeurs de Thaksin

Thaksin rentra brièvement en 2008, puis retourna en exil en Angleterre pour éviter un procès.

Le mandat de Samak ne restera pas gravé dans les mémoires, hormis pour l'opposition forte du PAD, l'Alliance Populaire pour la Démocratie. Le PAD se compose alors d'habitants de Bangkok et du Sud, issus des classes moyennes et supérieures, et soutenus par les élites conservatives, des factions de l'armée thaïe et des syndicats des entreprises publiques. Considérant que les populations rurales ne sont pas assez éduquées pour voter, le PAD préconise que le parlement soit majoritairement nommé par le roi, avec seulement 30% de députés élus.

Dirigé par Chamlong Srimuang, qui était déjà à la tête des manifestants de 1992, et le nabab des médias Sondhi Limthongkul, vieil ennemi de Thaksin, le PAD organisa des meetings, bloqua les transports publics et occupa le siège du gouvernement, le forçant à se réunir à l'ancien aéroport de Bangkok.

Samak déclara l'état d'urgence à Bangkok et menaça les manifestants, mais il ne fit pas usage de la force. En septembre 2008, Samak dut démissionner (il était payé pour animer une émission de cuisine à la télévision, ce que le tribunal jugea anticonstitutionnel). Le PAD se réjouit, mais pas pour longtemps puisque le successeur de Samak, Somchai Wongsawat n'était autre que le beau-frère de Thaksin. Les manifestations reprirent et la protestation monta d'un cran. Le 6 octobre, des milliers de militants, certains étant armés, entourèrent le Parlement pour empêcher les députés de se réunir. La police utilisa des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, ce qui fit deux morts et plus de 400 blessés.

Le soir du mardi 25 novembre 2008, des membres armés du PAD prirent possession de l'aéroport international Suvarnabhumi et bloquèrent la route y menant. Tous les vols furent annulés, laissant des milliers de voyageurs bloqués à l'aéroport qui fut fermé pendant huit jours. Le gouvernement demanda à l'armée d'intervenir, mais l'armée n'obéit pas aux ordres. Dans une conférence de presse le 26 novembre, le chef des armées, le Général Anupong Paochinda proposa que le PAD se retire de l'aéroport et que le gouvernement démissionne.

Le chaos prit fin en décembre quand le conseil constitutionnel fit dissoudre le PPP, le parti au pouvoir, ainsi que deux autres partis membres de la coalition, et bannit les dirigeants de la vie politique, y compris le Premier ministre Somchai Wongsawat, pendant 5 ans. Après cette décision, de nombreux partis membres de la coalition firent défection et se rangèrent du côté du principal parti d'opposition, le Parti Démocrate, pour former un nouveau gouvernement. "Nous avons gagné et atteint notre but", annonça Sondhi Limthongkul. Le 15 décembre 2008, Abhisit Vejjavija fut élu Premier ministre par le Parlement.

2009-2010 : la grogne des Chemises Rouges contre Abhisit

Les premiers signes d'un mouvement violent contre le nouveau gouvernement se firent apercevoir début avril 2009. Le 7, Abhisit fut attaqué par un groupe de militants pro-Thaksin alors qu'il était dans sa voiture. La protestation se déplaça ensuite à Pattaya où se tenait un sommet de l'ASEAN. Les Chemises Rouges envahirent le sommet qu'il fallut annuler. Les dirigeants étrangers furent évacués en hélicoptères jusqu'à une base aérienne militaire voisine. Abhisit déclara l'état d'urgence à Pattaya et Chonburi le 11 avril.

Les protestations se firent plus vives à Bangkok pendant le long week-end de Songkran (nouvel an thaï). Les manifestants utilisèrent des voitures, des bus et même des cuves de GPL pour prendre le contrôle de différents sites dans le centre de Bangkok. Des heurts, de plus en plus violents, eurent lieu entre des manifestants pro et antigouvernementaux. Des mandats d'arrêt furent lancés contre Thaksin et 13 autres leaders. Beaucoup d'entre eux se rendirent à la police le 14 avril, mettant fin aux violences. Les manifestants furent renvoyés chez eux en province dans des bus du gouvernement et l'état d'urgence fut levé le 24 avril. D'après les chiffres du gouvernement, plus de 120 personnes furent blessées, principalement des membres de l'UDD (Union de la Démocratie contre la Dictature, le nom officiel du mouvement des Chemises Rouges). L'UDD annonça la mort de six manifestants mais le chef des armées Anupong Paochinda jura que personne n'avait été tué.

Début 2010, une série d'événements mit le feu aux poudres. Le 26 février, des actifs représentants 46 milliards de bahts et appartenant à l'ancien Premier ministre Thaksin furent saisis. Début mars, des "Chemises Rouges" se rendirent à Bangkok pour réclamer des nouvelles élections. Au 15 avril, les échauffourées entre les manifestants et l'armée avaient causé la mort de 24 personnes (civils et militaires), et l'on dénombra 800 blessés.

Le 3 mai, le Premier ministre proposa d'organiser des élections le 14 novembre, si les Chemises Rouges acceptaient son offre. Le lendemain, les dirigeants des Chemises Rouges acceptèrent de quitter les zones occupées de Bangkok, en échange des élections le jour prévu, mais certains manifestants refusèrent de partir et Abhisit annula sa proposition. Bangkok devint une zone de guerre, les troupes tirant à vue sur toute personne entrant dans les périmètres de combat.

Le 19 mai, l'armée attaqua le camp des manifestants, avec le renfort de tanks. Onze manifestants et un journaliste italien y perdirent la vie. Les dirigeants se rendirent ou essayèrent de s'échapper. Un incendie d'origine criminelle détruisit le centre commercial Central Word et des bâtiments publics.

Ces événements ont fait un total de 85 morts et 1 378 blessés (chiffres du 22 mai).

2011 : Yingluck Shinawatra

Des élections furent finalement organisées le 3 juillet 2011, et elles virent la victoire écrasante du parti des Chemises Rouges (Pheua Thai), dirigé par la jeune sœur de Thaksin, Yingluck Shinawatra. Ancienne femme d'affaires, Yingluck est nouvelle en politique. Thaksin a dit d'elle qu'elle était son "clone" et qu'elle pouvait exécuter ses décisions. Après les élections, Abhisit démissionna de la présidence du Parti Démocrate, et Yingluck devint la première femme Premier Ministre de Thaïlande.



 
 
 
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